ÉCHOS
D'après les Bacchantes d'Euripide
Créer un spectacle en trois semaines avec une trentaine d’étudiants répartis sur l’ensemble des métiers du théâtre (acteur.rice.s, scénographes, constructeur.rices, créateur.rice.s sonores, créateur.rice.s lumières, régisseur.se.s plateau, son, lumière, documentaliste, assitant.es, médiateur.rice.s, producteur.rice.s…)
NOTE DE LA METTEURE EN SCÈNE
Envisageons un « tout scénique » composé d’une grande équipe et du public. Ces présences faites de mots, de souffles et de regards constituent notre situation commune : un lieu de fiction, où nous allons ‘vivre’, par le commun accord des conventions du théâtre, une tragédie. Nous suivrons la trame de l’ultime pièce d’Euripide, Les Bacchantes, porteuse d’’un passé édénique, traversé de terribles colères’*. Là, les Bacchantes menées par Dionysos effondrent tous les socles, explosent les cadres, détruisent l’ordre. Ici, Penthée, roi de Thèbes, s’affronte à Dionysos. La cité va être anéantie. Une véritable dévastation. Partout, les vers d’Euripide envahissent nos êtres d’une force poétique et du constat de l’irrémédiable.
‘Les dieux poussent les hommes à l’abîme ;
mais c’est de notre propre abîme, de notre chaos primordial
qu’eux-mêmes sont sortis’ *.
Nous créons Échos dans ces ‘ici, là et partout’. Nous n’opposons pas le bien et le mal, le tort et la raison, considérant plutôt chaque protagoniste comme agi par l’ordre pré – établi. Chacun.e, dans sa fonction, déroule ce que la tragédie lui impose. Par ici notre entrée.
Actuellement pris.e.s dans ce stimulant marathon d’une création universitaire en trois semaines, nous ne prenons rien pour acquis, ni les mots, ni nous-mêmes, ni le rapport au public, ni notre dispositif. Notre temps est compté, nous devons tout mener de front, sans respect de chronologie : nous rencontrer, déduire, chercher, intuiter, faire apparaître, fragmenter, assembler, questionner, garder, jeter. Tâtonnements : d’une suite d’intuitions, nous développons des déductions, gageons qu’apparaissent des évidences ! La fabrication d’un spectacle comme une enquête : aller dénicher ce qui n’existe pas et qui pourtant, quand il survient, semble juste. Le travail consiste en une déconstruction de notre réel, de nos acquis, vers une mise à disposition de l’inconnu.
À chaque spectacle, il s’agit d’inventer une langue commune entre son public et son équipe, formant ainsi un ensemble réuni. Quel que soit notre rôle (dedans / devant / regardants), parions que nous mettions dans l’ensemble de ce récit et dans la poésie de cette langue, toutes et tous une part de nous-mêmes et qu’une part de nous-mêmes s’y trouve révélée. On dit que ‘les poètes tragiques demandaient beaucoup à l’imagination’*. Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage sur ces terres incertaines de votre imagination.




EXTRAITS
Dionysos, Prologue (extrait) **
« Et maintenant, (…)
Vous, mon escorte, femmes, que j’ai amenées
Du pays barbare, vous, mes aides et mes compagnes de voyage,
Levez les tambourins
Venez battre le tambour autour de ce palais royal,
Le palais de Penthée, pour que la ville de Cadmos voie ! »
Le chœur, quatrième stasimon (extrait)**
« Allez, allez !
Allez !
En route !
Rapides chiennes de la folie,
En route !
Courez vers la montagne
Où les filles de Cadmos
S’adonnent à leurs rites sacrés.
Allez, excitez-les contre lui !
Cet homme travesti en femme !
Ce fou qui vient épier les ménades !
Sa mère sera la première à le voir !
Nous, nous le guetterons du haut d’un rocher
Ou de la cime d’un arbre.
Et alors, elle criera
Elle criera aux autres ménades :
Qui est-ce qui court la montagne ?
Qui est-ce qui court la montagne ? Qui est ce Thébain qui court la montagne ?
Ce Thébain qui court la montagne pour venir épier les ménades ?
Dans nos montagnes, dans nos montagnes, le voilà ! »
*Marie Delcourt-Curvers, in La Pléiade
** Les Bacchantes, Euripide (traduction J. et M. Bollack)
Mise en scène : Marie Lelardoux
Avec : Les étudiants de la section Arts de la scène
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