Édito de Louis Dieuzayde
Président

L’utile et le nécessaire ?
À l’aune de cette question, je voudrais nommer le mouvement qui va porter l’avenir de ce théâtre au sein de son nouvel espace de travail, contractualisant  ainsi avec Aix-Marseille Université un partenariat renforcé.

En fidélité avec son histoire, il s’agira toujours d’assurer, en cherchant les points de synergie, une programmation tour à tour professionnelle, universitaire, étudiante et amateure. Un théâtre ne se résumant toutefois pas uniquement à un lieu de diffusion, les enjeux seront d’intensifier la création, via une politique de résidences permise par l’existence d’une nouvelle salle de répétition équipée, et d’œuvrer à l’initiation et à l’expérimentation pratique, par l’élaboration d’ateliers ouverts à tous les étudiants d’AMU et de workshops destinés à un public métissé. Nous coopérerons également à des temps de recherche rejoignant nos préoccupations sur les relations de l’esthétique au politique et interrogeant les dimensions de la formation actuelle en arts de la scène au sein d’un milieu professionnel lui-même à questionner et à modifier. Implantés au cœur du campus tout en étant ouverts sur la cité, nous avons justement à cœur de mettre, par le prisme de la scène, différents publics en dialogue et au travail dissensuel de la sensation et de la pensée.

Tout en veillant à l’utilité des missions qui nous sont confiées par Aix-Marseille Université, l’État et les collectivités territoriales, nous n’en serons pas moins attentifs à permettre l’apparition et le déploiement de nécessités qui dérogent à l’expérience sensible commune et quotidienne : effractions, déraillements, sorties de route sous bien des formes touchant aussi bien les opérations singulières de l’acteur que le langage textuel et scénique, expérimentations qui tentent de débusquer ou d’agencer de nouvelles façons de dire, de regarder, d’être affecté et de se mettre au mouvement de la pensée.


Édito de Danielle Bré
déléguée à la coordination artistique

L’utile et le nécessaire ?
Voici la question qui va servir de guide à la programmation 2018/2019 du Théâtre Vitez.
Depuis quelques années, il n’y a pas un spectacle qui n’évoque un rapport responsable à l’actualité. Au théâtre, comme en politique, le réel impose ses impératifs.

L’utilité du théâtre ?
Est-ce la pertinence de l’offre par rapport à la demande potentielle de l’ensemble des consommateurs ? Question de démocratie ou de rentabilité ?

Est-ce l’effort de prise en compte des problèmes du temps : trouver comment maintenir l’unité de la nation et la paix civile tout en célébrant les grandes valeurs de la République ? Question d’engagement citoyen ou question de propagande démocratique ?

Est-ce l’utilité du théâtre dans sa fonction propre d’art ? Est-ce l’échange spécifique (mais jamais garanti) qu’est le rapport acteurs / spectateurs, produisant le plaisir du même et de la reconnaissance et le trouble de l’inconnu et de l’innommable ? Question de divertissement au double sens du terme : à la fois échappée face à l’impuissance du réel et effraction dans le mode de pensée convenu ?

Il y a là, en définitive, tout un champ contrasté et complexe, déterminé par des objectifs très contradictoires qui font exploser la clarté et l’évidence du mot « utile ».

On peut alors penser au mot nécessaire. De façon plus universelle et existentielle, le nécessaire renvoie à la survie, à ce dont le manque est radical : un manque ressenti, qui se découvre dans l’expérience du monde, toujours plus vaste que l’étendue des diagnostics qui en sont faits.

Dans cette année où le théâtre s’installe dans la nouvelle salle du Cube, nous espérons que la nécessité ressentie par ses fondateurs qui a fait bouger les lignes du paysage théâtral régional, trouve un nouveau souffle au-delà des missions qui en assureront la légitimité et l’utilité.