Édito de Danielle Bré
Administratrice déléguée à la coordination artistique

Vous le savez, le théâtre Antoine Vitez est en période de mutation : fermeture de la salle actuelle de fin avril 2017 à janvier 2018 pour cause de travaux, donc… quelques mois hors les murs. Retour dans cette salle, pour un an, jusqu’à un nouveau départ et une installation dans une nouvelle salle, située dans un bâtiment en construction au cœur du campus : « le Cube ». Nous serons donc « hors les murs »  de septembre 2017 à janvier 2018.

Ce hors les murs, ce pouvait être seulement une conjoncture contraignante à gérer, j’ai choisi que ce réel fasse loi mais aussi sens. Je l’ai donc abordé aussi de façon symbolique, comme un trait anecdotique un peu dérisoire somme toute, qui ouvre pourtant sur la question générale de la migration et plus généralement sur la question des frontières et des relations identitaires entre le même et l’autre, thème qui touche de façon massive notre société.

La question de l’identité des domaines artistiques traverse également, de façon manifeste aujourd’hui, les territoires de l’art et celui du théâtre en particulier. Les écritures scéniques contemporaines s’orientent vers leurs bords, recherchent l’interdisciplinarité voire la pluridisciplinarité. Il me semble qu’on peut et qu’on doit s’interroger sur cette tendance actuelle plutôt que de choisir son camp. Est-ce un trait esthétique, dû à une révolution dans l’histoire interne de la représentation ou bien est-ce une orientation liée à l’approche libérale de la culture et à une démocratisation s’occupant majoritairement des panels de goût ?

Franchir les murs ou pas est donc une question aujourd’hui incontournable.

Je propose de l’aborder très naïvement.

Un mur, c’est quoi ? Ça existe et/ou c’est inventé ?

Un mur ça sert à quoi ? A protéger et/ou à enfermer ?

Etre hors les murs, c’est un choix et/ou un exil ?

Cela a-t-il à voir avec la liberté et/ou avec l’obéissance ?

Comment franchit-on les murs ? On les saute et/ou on les détruit ?

Les murs c’est entre le dehors et le dedans ? / Ou y a-t-il des murs invisibles dedans qui vous suivent dehors ?

La saison 2017/2018 se marquera paradoxalement par la décision de manifester fortement l’identité du théâtre Vitez et la nature de sa programmation, à travers les quelques dimensions suivantes :

Vous proposer quelques spectacles singuliers, des ovnis théâtraux, venant de marges qui ne sont pas à la périphérie de la page mais qui se creusent en son centre, du fait de l’engagement des artistes et de choix qu’ils font du singulier et du nécessaire.

Associer la pensée du hors les murs à celle des utopies et des positions d’exception.

Accompagner des créations s’attaquant à un mur qu’elles nous permettent de voir de près.

 

 

Édito de Louis Dieuzayde
Président

C’est avec joie que je prends la relève de la présidence du Théâtre Antoine Vitez et, à ce titre, remercie Danielle Bré de m’avoir invité à ajouter quelques mots au fil rouge de cette prochaine saison, placée sous le signe d’un nouvel essor de ce théâtre.

Ce fil va donc déplier le motif si actuel des murs. Il interrogera la nature de leur consistance tout autant que l’élan porté à leur franchissement. Vers un hors-les-murs à la fois esthétique et utopique.

Les murs, entre lesquels nous habitons et qui nous habitent en retour, sont autant d’incitations à faire vaciller les limites qui construisent tout en les bornant nos territoires mentaux, intimes et géopolitiques.

En témoigne cette petite liste d’expressions qui fait des murs l’objet éloquent de nos tourments quotidiens :

Le mur du silence ; le mur du langage (Lacan) ; être au pied du mur ou bien dos au mur ; « les murs ont des oreilles » (Le Talmud) auquel répond le fameux « vos oreilles ont des murs » (tag de mai 68) ; se cogner la tête contre les murs.

Mais aussi de nos aspirations vitales :

Franchir le mur du son ; faire les pieds au mur ; abattre des murs ; ou encore tout simplement faire le mur…