Éditos

Le théâtre Antoine Vitez rouvrant enfin, nous anime le désir simple et vital de nous retrouver et de mettre de nouveau en partage les expériences sensibles et pensantes que la scène peut susciter.

Aucune envie cependant de tourner la page.
La crise sanitaire mondiale a révélé au grand jour certaines pathologies profondément inscrites dans l’orientation de nos sociétés.
Quelle part pouvons-nous prendre alors, tout en préservant l’autonomie de l’art, à la levée des débats salutaires appelant à l’élaboration d’un nouveau contrat social, économique, écologique et politique ?
Mobilisés par cette interrogation, nous avons en fait été sensibles à tous les spectacles qui nous semblaient proposer des formes de radicalité.
Si ce terme a été dévoyé ces dernières années pour désigner le fanatisme religieux, nous désirons, à rebours de cette extension péjorative, nous mettre à l’écoute de sa puissance positive. Car c’est bien par la recherche de certains éléments radicaux, par leur mise à l’épreuve du plateau et de la réception du public, que peut se potentialiser la décolonisation de nos imaginaires et l’invention des figures d’un autre monde.

Étant entendu que la radicalité, se définissant à la fois comme retour au principe premier et fondamental d’un phénomène, et force de décalage et d’affranchissement, peut se lover à bien des endroits du travail scénique : dans l’enjeu fictionnel, la langue et la dramaturgie comme dans le jeu de l’acteur, dans l’esthétique de la forme scénique comme dans la relation d’adresse aux spectateurs.

Ainsi espérons-nous que ces gestes théâtraux puissent lever au fil de la saison une énergie saxifrage. Dans leur irréductibilité mais aussi dans leur plasticité, leur bricolage, leur côtoiement de l’informe et le souffle de leur imagination. Sans oublier que la joie et le rire sont aussi des affects possiblement radicaux …

Louis Dieuzayde
,
Président

La radicalité pourrait être d’imaginer qu’un seul édito suffit pour exprimer le sens de cette nouvelle saison et
que, parfois, garder le silence après les mots de Louis Dieuzayde est aussi la manifestation de notre codirection.
Les termes de service public de l’art et de la culture peuvent sembler galvaudés, usés… mais les réinterroger avec détermination, au sein d’une Université, avec le soutien de celle-ci et de tous les partenaires publics, est une aventure à laquelle nous vous invitons tous !

Agnès Loudes,
Directrice délégué