Mardi 1 décembre 2020 à 18h30

Conversation avec Marie-José Mondzain, philosophe et directrice de recherche émérite au CNRS, dans le sillage de ses derniers ouvrages (Confiscation des mots, des images et du temps et K comme Kolonie, Kafka et la décolonisation de l’imaginaire) ; précédée d’une lecture par les étudiants en Arts de la scène de fragments de son œuvre.

K comme Kolonie, Kafka,
Kafka et la décolonisation de l’imaginaire
« À partir de La Colonie pénitentiaire, ma lecture de Kafka est plus d’une fois interrompue par des sentiers de traverse puis reprise, mais chemin faisant, après un détour, je reviens toujours à lui. Tous ces trajets me reconduisent inéluctablement à la situation présente des asservissements imposés par l’impérialisme capitaliste dont la fiction de Kafka a décrit l’effrayante machinerie. Mais c’est aussi en le lisant et relisant sans cesse que j’ai éprouvé la joie que transmet son écriture. Sans doute donne-t-il aussi l’indication de ce que peut être un geste de décolonisation quand il offre à ceux à qui il s’adresse la possibilité de résister et la puissance d’agir. »

Confiscation des mots, des images et du temps
Ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ?
Tout est fait aujourd’hui pour identifier la radicalité aux gestes les plus meurtriers et aux opinions les plus asservies. La voici réduite à ne désigner que les convictions doctrinales et les stratégies d’endoctrinement. La radicalité, au contraire, fait appel au courage des ruptures constructives et à l’imagination la plus créatrice. La véritable urgence est bien pour nous celle du combat contre la confiscation des mots, celle des images, et du temps. Les mots les plus menacés sont ceux que la langue du flux mondial de la communication verbale et iconique fait peu à peu disparaître après leur avoir fait subir torsion sur torsion afin de les plier à la loi du marché. Peu à peu c’est la capacité d’agir qui est anéantie par ces confiscations mêmes, qui veulent anéantir toute énergie transformatrice. Si ces propositions font penser que je crois dans la force révolutionnaire de la radicalité, on ne s’y trompera pas, à condition de consentir à ce que la révolution ne peut exister qu’au présent. La lutte n’est et ne sera jamais finale, car c’est à chaque instant que nous sommes tenus d’être les hôtes de l’étrange et de l’étranger pour faire advenir ce qu’on nous demande justement de ne plus attendre et même de repousser. La radicalité n’est pas un programme, c’est la figure de notre accueil face à tout ce qui arrive et ainsi continue de nous arriver.

Entrée libre sur réservation
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© Sophie Bassoules