Par Louis Dieuzayde, metteur en scène et responsable des études théâtrales d’Aix-Marseille Université

Ven 27 mars – Marseille

Après une seule semaine de répétitions de Supervision, la crise sanitaire nous a confinés durablement à nos domiciles.

Le travail théâtral fut ainsi stoppé et les dates de reprise des répétitions s’annonçaient aussi incertaines que lointaines.

Un matin, au moment du réveil, l’idée m’est venue d’utiliser une plateforme de visioconférences pour maintenir un rapport de travail avec les 23 étudiants-acteurs, ainsi qu’avec les étudiants en régie, scénographie, médiation, les assistantes à la mise en scène et l’auteure du texte Sonia Chiambretto avec laquelle j’assure la mise en scène.

J’en ai parlé avec un doctorant en cinéma du Laboratoire en Sciences des Arts (LESA), Elio Della Noce. Il mène une recherche à nos côtés sur la question de l’intermédialité cinéma-théâtre. Séduit par cette alternative inédite, il a créé un groupe sur une plateforme bien connue et nous avons engagé une première répétition dès le lendemain. Et là, de façon surprenante, une énergétique de travail s’est d’emblée activée.

Si la visioconférence nous a permis de reprendre théâtralement en main l’énonciation textuelle et le jeu, même limité dans l’espace domestique, elle a aussi généré une exploration d’un jeu caméra très spécifique : un travail du cadre et du hors champ, des variations de plans, un relai des paroles et des présences sur les différentes fenêtres vidéo, d’étranges possibilités d’apparaître et de disparaître, de nouer un rapport fictionnel avec les partenaires de jeu par écran interposé.

Ainsi, de simples sauvetages des répétitions, ces séances se sont-elles transformées en temps de tournage et de recherche collective sur une construction d’images en mouvement s’autonomisant du plateau.

Tout en restant rudimentaires, posant les règles d’une sorte de nouveau Dogme 95*, il nous a semblé que ces vidéos trouvaient leur pertinence en elles-mêmes. Ce travail nous permet en tout cas d’avancer sur la construction du spectacle, la direction d’acteurs et de continuer à inventer des modes de figuration en attendant notre retour sur la scène.

*Le Dogme95 : mouvement cinématographique lancé en 1995 par plusieurs réalisateurs danois sous l’impulsion de Lars von Trier et de Thomas Vinterberg.