Le théâtre, à cause de la présence charnelle des acteurs, raconte toujours quelque chose à propos des gens, nous les donne à voir, même si d’autres propos tiennent le devant de la scène. C’est cette sympathie du théâtre pour l’humanité que nous allons rendre active cette saison. L’an dernier c’était l’humanité d’exception, les êtres à la marge de la condition humaine que nous avions convoqués, cette année c’est plutôt l’humanité banale, les gens communs que nous nous mettons en situation de vous faire rencontrer.
Nous ne voulons pas forcément confirmer ce que vous en pensez déjà. Au contraire, nous espérons desserrer à leur sujet l’impérialisme du réel et de ses a priori.

Nous vous proposons deux attitudes :
• Une sympathie pour tous, qu’ils la méritent ou non. Dans un monde où les repères sont en question, la chaleur humaine est peut-être ce qui nous reste comme consolation et peut être source d’espoir.
• Une attention renouvelée. Comment les voyons-nous ? Comment nous les montre-t-on ? A partir de quels systèmes de valeur ou de sens ? Ne sera pas massivement mis en jeu un humanisme triomphant, attaché à illustrer des héros ou des victimes. Découvrir les gens comme une espèce inconnue en voie d’apparition.

Comme le montre l’image choisie pour cette saison, il s’agit de l’humanité comme espèce voisinant avec les animaux, organisée en banc comme les poissons et planant comme les oiseaux, portant néanmoins veste chemise cravate comme des «civilisés». Chacun, singulier mais aussi semblable au voisin, paraît aller quelque part, être occupé à une quête, mais tous, ils sont aussi pris dans un mouvement de masse, une sorte d’aspiration ou de pulsion quasi cosmique et aussi somme toute comique. Que cette image nous rabatte le caquet et, à la fois, nous rende indulgents envers nous-mêmes.

Danielle Bré, co-présidente et responsable de la programmation