Mardi 19 avril 2016 à 20h30
Mercredi 20 avril 2016 à 19h00
Jeudi 21 avril 2016 à 19h00
Vendredi 22 avril 2016 à 20h30
Samedi 23 avril 2016 à 20h30

« Être responsable de ce que l’on veut énoncer dans le monde et forger sa langue pour le dire », là sont les enjeux que Franck DIMECH propose aux étudiants avec qui il travaille, tout simplement parce qu’il était « important (…) de confronter la jeunesse actuelle au monde qui l’entoure : un coupe-gorge. » (Franck DIMECH)

Une langue-remugle

Noms de lieux dits, d’arbres, d’outils agricoles. Patois des campagnes glauques, plongées en apnée dans les racines du verbe.
Trognes ahurissantes qui célèbrent en meute des rites païens mués par des langues extraordinaires, des langues en « devenir-animal ».
Violents, sexuels, culinaires et toujours déroutants, les écrits de Nicolas GENKA, Pierre GUYOTAT et Maxime REVERCHON abordent la langue – par le récit, par la fable, par la poésie ou le théâtre – dans une dimension rurale et obscène, jusqu’à en extraire sa matière
fécale, ses sécrétions, ses humeurs, ses jus.

Langue-chaos, langue-rhizome, langue-remugle.
Avec ce projet, Franck DIMECH propose à vingt étudiants en théâtre de fabriquer, en trois semaines, un « objet de langue » à partir d’un rapt de fragments de textes sur les œuvres de ces trois auteurs, pour explorer l’entière oralité et travailler avec eux une possible
énonciation. Ici, chacun est responsable de sa propre dramaturgie : c’est également un enjeu qu’il convient de souligner.

 

FRANK DIMECH
De 1992 à 2000, il dirige la compagnie LES FOULES DU DEDANS et travaille autour des oeuvres de Bernard Marie KOLTÈS,
Jean-Luc LAGARCE, Hervé GUIBERT, Edward BOND, August STRINGBERG et Anton TCHEKHOV.
En 2002, il fonde la compagnie LE THEATRE DE AJMER et se consacre exclusivement à la mise en scène de texte dont le triptyque Variations sur l’Amour : une trilogie de la langue composé de L’Echange de Paul CLAUDEL, Quartett de Heiner MULLER et Pelléas et Mélisande de Maurice MAETERLINCK.
Lauréat d’une bourse AFAA « Villa Médicis Hors les Murs », il développe des liens en République Populaire de Chine, à Taïwan et au Japon. Il réalise, en 2007, au Théâtre de la Criée, la première mise en scène française de la pièce Gens de Séoul 1919, de Hirata ORIZA.
Depuis 2009, il se consacre à la mise en scène de textes du répertoire européen montés en langues étrangères, notamment L’Echange de Paul CLAUDEL à Tokyo (2009), Jumel de Fabrice DUPUY à Taiwan (2010) et Woyzeck de Georg BUCHNER, spectacle créé à Taïwan.
En 2012, il est invité par le Conservatoire National de Taïwan à enseigner et mettre en scène le spectacle Preparadise Sorry Now de
FASSBINDER.
Il a récemment mis en scène une version française de Woyzeck de Georg BUCHNER avec les étudiants de théâtre de l’Université d’Aix-Marseille.
Extrait de Nicolas Genka : l’œuvre de la honte ?, par Romain Giordan
De Nicolas Genka (1937-2009), il semble rester peu de choses, si ce n’est cette honte littéraire qui brisa, à l’âge de 24 ans, sa carrière d’écrivain.
En décembre 1961, Genka publia chez Julliard un premier roman, au titre programmatique, L’Epi monstre, dans lequel amour incestueux et triolisme familial se nouent dans une campagne glauque, sur fond de beuveries et d’injures. De ce texte gravement poétique, la violence semble sourdre de toutes parts. Dès sa parution, l’ouvrage fut parrainé par de nombreux écrivains : Jouhandeau, Pasolini, Nabokov, Aragon, Cocteau et Mishima. Mais le succès littéraire fut de courte durée. En juillet 1962, le ministère de l’intérieur, qui juge l’œuvre pornographique, interdit par arrêté sa vente aux mineurs ainsi que tout affichage, publicité et traduction. Ce qui revint, en la privant de toute visibilité, à la faire disparaître. En 1999, L’Epi monstre était ré-édité par la maison Exils qui ne fut pas inquiétés et Genka put assurer une promotion à grande échelle. On avait enfin débarrassé l’œuvre de son surplus médiatique pour ne garder que l’essentiel : sa puissance stylistique et son savoir-faire romanesque.

Mots et monde de Pierre Guyotat, par Michel Surya
[…] Il n’y a rien que Guyotat écrive ou qu’il montre qui ne soit réel, qui ne le soit exactement, et qui n’oblige à mesurer le réel à ce qu’il écrit et montre.[…] la littérature, dit-il en substance, quoi qu’elle seule puisse décrire ce qui terrifie, quoi qu’elle seule décrive ce qui est fait pour être fui, elle ne le décrit pas du point de vue de l’injonction (morale, par exemple), ce qu’on imagine que la pensée serait prête à lui concéder, elle le décrit du point de vue de la logique. Du point de vue de la logique, c’est-à-dire du point de vue de la pensée. La logique, que la pensée est impuissante à déployer pour penser ce qui est, c’est la littérature qui la déploie. […] C’est une œuvre de la pensée, que la pensée régit, qu’elle anime et meut, en tout et en détail. […] C’est un monde de la pensée d’autant plus que celui-ci se donne comme un monde de l’imagination. […] C’est parce que c’est dans l’imagination que la logique s’est réfugiée.
Et, parce qu’il s’agit d’une « leçon », il fallait que cette œuvre se donnât des règles nombreuses et strictes. Des règles qu’on ne connaîtra pas pour la plupart ; dont on saura seulement ceci qui est aussi leur règle : « […] tout acte en provoque un autre, ne peut pas provoquer d’autre acte que celui qu’il provoque ; on n’introduit pas n’importe comment une couleur, ici ; les pas laissent des traces ; le son indique la présence d’un individu, animal ou humain, ou autre. Il n’y a rien de gratuit, comme on dit, pas de fantaisie, vraiment pas de fantaisie. C’est peut-être en cela que la monstruosité existe dans ce que je fais. » Des règles si nombreuses […] qu’il n’est pas un instant envisageable de les transgresser sans sortir par le coup de l’œuvre elle-même et des représentations qu’elle consacre. […]

Création universitaire
Mise en scène : Franck Dimech (Théâtre de Ajmer, Marseille)
Montage de textes à partir de Arrière-fond de Pierre Guyotat , L’épi monstre de Nicolas Genka, La Marche Meuble de Maxime Reverchon, La Maman et la Putain de Jean Eustache et les textes écrits par les étudiants participants

Avec : Dramaturgie de Eric SHAEFLIN
Avec les étudiants du cursus théâtre de l’Université d’Aix-Marseille : Judith BALAGAYRIE, Laura BLANC, Vanina CAIRE, Thelma CAILLET, Manon CHAUVE, Adrien D’AMBROSIO, Laurent DIMARINO, Tommy FUCITO, Laurent GALAMPOIX, Mélisande GOUX, Thomas GROSSO, Faustine GUEGAN, Lise ICARD, Chloé LEROY, Coraline LEROY, Lucie LONGUEVILLE, Sara PIGNATEL, Marius RAMBAUD, Flora TONELLI, Claire VISCOGLIOSI.