Mardi 11 mars 2014 à 20h30
Mercredi 12 mars 2014 à 19h30
Jeudi 13 mars 2014 à 19h30
Vendredi 14 mars 2014 à 20h30
Samedi 15 mars 2014 à 20h30

Du mardi 11 au samedi 15 mars
Mardi, vendredi et samedi à 20h30
Mercredi et jeudi à 19h30

de Jean Patrick Manchette
Scénario et dialogues 1968

Mise en scène : Mirabelle Rousseau
Assistants à la mise en scène : Roxanne SAMPERIZ, Coline MADURAUD
Comédiens, comédiennes : Maellis CAM, Loris CARINI, Léa CASAGRANDE, Léa DELAISSE, Alexandre DELAVIGNE, Oriane FAURE, Laeticia KOEHLER, Camille LEBOEUF, Coraline LEROY, Chloé LOUIS, Marina LOVALENTE, Coline MADURAUD, Mona MAIRE, Charlotte MICHENEAU, Elizabeth NEVA JARAMILLO, Morgan NOREILLE, Salya OBERTHUR, Emilie PERREL, Camille PERROT, Lise PLAIRE, Marius RAMBAUD, Ludovic REBOULEAU
Dramaturgie : Aurélie DUVERGEY, Muriel FAURE
Costumes : Jeanne GANGLOFF, Charlotte MICHENEAU
Scénographie : Ondine MAZEL, Benjamin CANDALH, Johanna SARO Hamza BAYAHOUI Selma ADJIMI
Médiation, communication : Dimitri IATOSTI, Salya OBERTHUR
Régie : Thibault GAMBARI, Hélène RICHAUD

Création Universitaire avec des étudiants du secteur théâtre d’Aix-Marseille Université

Au début des années soixante, Jean-Patrick Manchette prend des premières notes dans l’idée de raconter l’histoire de « jeunes danseurs que la dureté du monde brise en trois morceaux : une fraction sombre dans la prolétarisation ; une autre connaît la réussite en ce qu’elle aboutit à l’argent et la gloire, mais pour cela il lui faut se prostituer, faire de l’ “art moderne” creux, de la provocation de salon ; une troisième fraction refuse à la fois le travail et la récupération, et disparaît dans l’ombre des projets imprécis mais menaçants de révolution sociale.

En août 1968, après les «événements de mai » et l’occupation de l’Odéon, Manchette va retravailler son texte pour en tirer le scénario Mésaventures et décomposition de la compagnie de la danse de mort ; les danseurs de la première version deviennent les comédiens d’une compagnie de théâtre. C’est ce texte que nous abordons avec les étudiants, avec pour enjeu principal de faire du théâtre avec un scénario de cinéma, ce qui soulève des problèmes techniques spécifiques et passionnants pour mener une recherche collective au plateau.

Mésaventures et décomposition… raconte l’utopie artistique d’une compagnie de théâtre qui se scinde pour suivre différentes trajectoires : Oskar est tué par les flics, Louis par le travail, Charles conclut un pacte méphitique avec le socialisme, Igor navigue entre ces différents écueils, Griselda la kamikaze veut en finir dans l’attentat contre le Théâtre National.
Le texte traite avec humour et distance l’échec de cette tentative de faire un art engagé et regarde avec cynisme l’inadéquation entre le projet esthétique des jeunes gens et la France réactionnaire qui leur est contemporaine et à laquelle ils voudraient s’adresser. Manchette nous invite à ré-inventer ce théâtre pauvre et artisanal, parfois chaotique, qu’il oppose aux formes majeures jouées à l’Opéra ou au Théâtre National. Aucune des formes empruntées par la compagnie ne s’avérant salutaire, leur action violente finale sera leur dernier spectacle, performatif et sans public, dépassant tous les précédents.

Extrait
Un bourgeois (jusque là silencieux) : Et qu’est ce que vous diriez de monter à Paris ?
Julie : Monter à Paris ? Oh Monsieur, ce serait merveilleux ! Mais comment faire ? Il faudrait qu’on nous remarque…
Le bourgeois : Et bien, c’est fait; Je vous ai remarqués.
Charles : Mais qui êtes vous ?
Mme Labeuve : Ah Ah Ah ! Je ne vous avais pas dit qui il est !
Julie : Mais qui est il ?
Mme Labeuve : C’est Monsieur Ducon.
Julie : Ducon !
Charles : Fernand Ducon ?
Mme Labeuve : Fernand Ducon, du Théâtre National Socialiste !
Julie et Charles en choeur : C’est extraordinaire !!
Julie et Charles amènent triomphalement Monsieur Ducon vers Igor.
Julie : C’est Monsieur Ducon ! Il nous veut pour son Théâtre National Socialiste !
Ducon : Ne nous emballons pas. J’ai dit qu’il y avait une possibilité…
Igor : Quel genre ?
Ducon : Il faudrait que je vous voie interpréter autre chose. Dès que vous aurez un peu plus de métier, rien ne s’oppose à ce que nous montions quelque chose ensemble.
Igor : Je vois.
Ducon : Il y a déjà certains de vos comédiens que je pourrais utiliser. Votre camarade Charles serait parfait en Hamlet.
Julie (émerveillée) : Vous le pensez vraiment ?
Igor se jette sur Ducon et tente de l’égorger avec une coupe de Champagne brisée.

Jean Patrick Manchette
Né en décembre 1942 à Marseille, Jean-Patrick Manchette tombe très vite dans le militantisme en luttant activement contre la guerre d’Algérie puis en rejoignant, au début des années soixante, les rangs de l’extrême gauche et des situationnistes chers à Guy Debord. Passionné par le jazz (tendance free), le cinéma, le polar américain, il commence à écrire des scénarios, notamment pour Max Pecas ou pour la télévision. Il entre en littérature avec Laissez bronzer les Cadavres et L’Affaire N’Gusto et révolutionne le polar français, plus habitué, à l’époque, aux gentils gangsters qu’à la critique sociale. Il est considéré comme un précurseur du « néo-polar ». Jean-Patrick Manchette a également été le traducteur de Donald Westlake et Robin Cook entre autres, il a travaillé avec des auteurs de bandes-dessinées (Jacques Tardi, entre autres, avec Griffu) ou pour le cinéma en participant à l’écriture de scénarios dans les années 1980 (La Guerre des Polices, La Crime). Il décède en juin 1995 à Paris des suites d’un cancer, laissant derrière lui une dizaine de romans et une influence prépondérante sur l’avenir du polar français.

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