du 27 au 28 avril 2010 à 20h30 et 19h

mardi 27 avril à 20h30
mercredi 28 avril à 19h

d’après Robert Walser (La promenade et Récit de Voyage)
Cie La Llevantina, Perpignan

durée : 1h40
mise en scène : Marie-José Malis
distribution : Pascal Batigne, Olivier Horeau, Victor Ponomarev., Catherine Semat
création lumière : Jessy Ducatillon
création sonore : Patrick Jammes
scénographie : Jean-Antoine Telasco

co-production : la Llevantina et le Forum Scène-Conventionnée de Blanc-Mesnil
Avec le soutien du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, le Conseil Régional Languedoc-Roussillon, La DRAC Languedoc-Roussillon et le Conseil Général de la Seine-Saint-Denis

Robert Walser appartient à une double famille : celle des écrivains marcheurs, et celle de ceux dont l’oeuvre est l’expression de leur difficulté à s’accommoder du fardeau du réel. Walser marche, et il marche beaucoup, longtemps. Nous sommes au début du 20ème siècle, et sa zone d’évolution, ce sont les confins de la Suisse et du Jura. Marche sur des pentes escarpées ! Et il écrit ses promenades, mélange de joies simples (un dîner rustique dans une auberge), et d’inquiétude que l’on sent affleurer à tout moment, sur la solidité de son rapport au monde. Marie-José Malis nous invite, avec quatre comédiens, à vagabonder dans son sillage. De la randonnée comme esthétique de la quête de soi-même !

J’ai choisi de mettre ma compagnie à l’ombre de Robert Walser, pour une flânerie de 90 minutes en attendant de plus amples labours ( le Prince de Hombourg de Kleist en collaboration avec Alain Badiou) et après un travail issu de Pasolini. Et je trouve en effet que cette position intercalaire convient bien à Walser.

Un très grand auteur dont le génie fut de chercher à côté de la grandeur, surtout quand elle n’est plus que la rhétorique d’un monde qui ne s’avoue pas à lui-même ce qu’il est réellement. Ce pas de côté de l’honnêteté walserienne est un bel abri pour nous et finalement un enjeu nouveau pour cette compagnie plutôt anxieuse d’habitude à appliquer sa pensée sur des auteurs plus magistraux.

Il fut un temps où les artistes parcouraient le monde à pied: Hölderlin, Rousseau, Byron, Wordsworth… Cette pensée m’est venue il y a peu que c’était même une des conditions de la poésie. Une condition du regard, donc de la parole ; du corps et donc du geste d’écrire ; mais aussi un rapport à l’Histoire, un temps placide et ralenti où apparaissent de vraies intensités de réel, des hommes, des mœurs, des institutions sous le ciel. On songe à Braudel, à la réinvention de l’Histoire sur des intensités réelles. Chez Walser, tout cela est drôle et profondément mélancolique. Les flâneries sont des fantaisies magnifiquement picturales, par petites touches et grands mouvements souterrains. Un art poétique en mode mineur.

C’est cela qui sera l’enjeu. De quelle vérité l’art de minorer est-il porteur pour nous ?

Avec Walser, je rêve de cet art mineur, de ce théâtre de faible intensité, pour approcher la couleur de notre tristesse. Mais aussi pour libérer le mouvement, l’émoi. Comment aborder un tristesse qui ne se sait plus triste ? Le travail se donnera comme une récréation dans ce monde-ci, qui semble à la fois toutes les permettre et n’en libérer aucune. Un théâtre de basse intensité donc. Un théâtre on l’aura compris qui redoutera d’être grand, ou véritablement poétique par crainte de s’illusionner sur notre temps. Par crainte de se « raconter des histoires » comme disait Walser au moment où il renonça à écrire.