Jeudi 20 mai 2010 à 20h30

jeudi 20 mai à 20h30

Cabaret d’Hanokh Levin

Mise en scène : Agnès Régolo
Cie du Jour au lendemain, Marseille

Texte français : Laurence Sendrowicz

Avec : Catherine Monin, Nicolas Chatenoud , Guigou Chenevier, Nicolas Geny, Fred Giuliani, Kristof Lorion, Guillaume Saurel
Lumières et scénographie : Erick Priano
Son : Emmanuel Gilot
Musique : Collectif Inouï

Avec l’aide de la Spedidam et de Mécènes du Sud

Féroce, bref, consternant et drôle, « Que d’espoir ! » est l’expression d’une nécessité, un théâtre de l’urgence. Tout au long de sa vie, Hanokh Levin écrit des sketches et des chansons qu’il met en scène, fustigeant à chaud l’actualité de son pays. Dans le style des cabarets expressionnistes, Levin décompose et démolit les valeurs qui alimentent la violence de nos sociétés, dans des raccourcis où explosent l’absurdité et le cynisme.

Ses textes, détachés des seules contingences israéliennes, parlent dans une vaste perspective de la domination ; qu’elle s’exerce dans le champ politique (d’une nation sur une autre), social (d’un individu sur un autre), familial (guerre des sexes et des générations) mais aussi métaphysique (domination du vide et de l’absence de sens à donner à nos « calamiteuses » destinées).

Affranchi de la logique d’une intrigue unique, « Que d’espoir ! » tire sa force de sa structure hétérogène, imprévisible et ouverte, appelant un théâtre d’une impétueuse vigueur.

Ces caractéristiques nous ont conduit à penser que les dernières performances musicales du collectif Inouï, singulières par leur esprit comme par leur virtuose dépense, en faisaient un matériel avantageusement et naturellement à associer.

« Que d’espoir ! » pourrait trouver, dans cette « collectivisation » de talents parfaitement autonomes, et pourtant indissociables (dans des rapports de proximité, de décalage ou de frictions) une combinaison propre à déplacer les contours traditionnels de la représentation théâtrale et dynamiser sa force de frappe.

Levin met le théâtre en pièces et son destinataire sur le qui-vive. On a envie de le suivre.
Agnès Régolo

Le Hot Dog
LE CLIENT – Un hot dog, s’il vous plaît. Si possible, avec une saucisse bien chaude. Et un petit pain moelleux. Ce que je voudrais, c’est qu’elle soit très grande, la saucisse. Et j’aurais été ravi que le pain le soit aussi. Et j’aurais aimé vous demander que ça ne me coûte pas trop cher. Pas cher du tout. À dire vrai, ça m’aurait fait très plaisir que vous me fassiez cadeau de cette saucisse. Et, si on revenait un instant en arrière, ce que je voudrais, c’est qu’elle soit interminable, énorme, la saucisse, et que vous m’en fassiez cadeau. Et aussi que vous m’obligiez à la manger, comme une mère qui s’occupe bien de son enfant. Ce que je voudrais, c’est que vous soyez ma mère, mais seulement en ce qui concerne la saucisse, pour le reste, que vous soyez une femme totalement inconnue, mais extrêmement gentille. Et je voudrais que vous ayez une quarantaine
d’années en moins et que vous soyez très belle. Et nue. Seulement le bas. Et qu’après m’avoir fait cadeau de la saucisse interminable, vous couchiez avec moi sur un canapé moelleux, qui serait là, juste derrière le comptoir. Bref, ce que je voudrais, c’est que vous soyez ma mère pour la saucisse, une putain amateur pour la baise, et après la baise, que vous deveniez Caroline de Monaco pour vivre un amour torride, m’emmener en voyage à Monaco et m’épouser. Reste un problème : que faire de l’énorme saucisse ? Si elle est énorme, la saucisse, elle finira par emplir tout l’univers et il n’y aura plus de place pour Monaco. Ce que je voudrais, c’est qu’il vous pousse une barbe, que vous vous transformiez en Messie, que vous résolviez le problème de la saucisse, et que vous redeveniez Caroline de Monaco. Comme vous voyez, je place en vous de grands,
d’immenses espoirs. Tant que vous ne me tendez pas le hot dog, tout est permis, tout est encore possible.
(la vendeuse lui tend le hot dog. Un temps)
Merci. Dommage.
(Le Gigolo du Congo, 1989)