Mercredi 3 mars 2010 à 20h30

Mercredi 3 mars à 20h30

De Karl Kraus
Mise en scène et jeu : José Lillo

La vie de l’écrivain et journaliste viennois Karl Kraus (1874-1936) se confond avec l’inlassable bataille qu’il mena dans sa revue Die Fackel (Le Flambeau) contre la corruption de la langue et donc de la morale. Cette nouvelle revue éditée de 1899 à 1936 analysait dans un esprit de liberté les événenements et leur présentation par la presse, fustigeant notamment la stupidité belliciste de 1914. La Troisième Nuit de Walpurgis décrit la survenue et la pénétration insidieuse du national-socialisme dans les esprits.

Karl Kraus, dont le nom n’évoque à peu près rien dans le domaine des affaires intellectuelles et culturelles contemporaines publiques, a donné, en 1933 et en langue allemande, à Vienne, un texte bouleversant de lucidité, d’intégrité, d’exigence, dont, incompréhensiblement, aucun éditeur en France n’avait jusqu’à présent voulu. «Analyse de l’installation du nazisme dans les esprits», Troisième Nuit de Walpurgis, rédigé de début mai à septembre 1933, convoque inlassablement dans sa trame les faits, actes, crimes, paroles, déclarations, réactions, raisonnements, diffusés et commis, de parts et d’autres. Ils sont, dès 1933, insoutenables.

S’il est patent que le national-socialisme dès son accession au pouvoir a été une criminalité organisée, manifeste, à prétention totalitaire avouée, il est sidérant de considérer, à la lumière des faits rapportés dans Troisième Nuit de Walpurgis, la léthargie mondiale du sens commun et son corrolaire inassumable, l’admissibilité de ce qui se produisait alors sous ses yeux et à sa porte.

Le matériau par lui employé ne provient pas de sources occultes ou privées comme, par un réflexe de défense, au contact du texte, les lecteurs contemporains que nous sommes seraient portés à le croire, mais des médias de masse. De tout ce qui a fait l’actualité de l’époque et qui, par conséquent, était à la portée de l’entendement de tous.

Il aura fallu attendre 72 ans pour qu’une traduction française voit le jour et que l’ouvrage soit enfin publié. Printemps 2005, les éditions Agone, coup sur coup, sortent de presse Les Derniers Jours de l’Humanité , du même Karl Kraus – pièce de théâtre monumentale de 800 pages, réquisitoire accoustique contre la première guerre mondiale – et, enfin, Troisième Nuit de Walpurgis. Le livre est accompagné d’un avant-propos de son traducteur émérite Pierre Deshusses et d’un essai de 200 pages de Jacques Bouveresse, professeur ès philosophie au Collège de France à Paris, sous forme de préface magistrale!: «!Le livre de Kraus reste encore aujourd’hui absolument fondamental non seulement pour comprendre ce qu’a été le nazisme,
mais également pour analyser une évolution qui est toujours en cours et probablement loin d’avoir déjà produit tous ses effets.!»

Bréviaire d’une lucidité isolée, celle de Kraus, celle des milliers de victimes directes alors affrontée à ce cauchemar qui n’en fut pas un mais, dès 1933, le réel sanglant en actes, Troisième Nuit de Walpurgis est écrit sous forme d’adresse à l’entendement, à qui veut bien prêter l’oreille au récit effarant de la démolition barbare de l’espèce humaine par elle-même et en direct.


Extraits de « Troisième nuit de Walpurgis »

« Le temps des gratte-papier et des jeunots du code juridique est révolu « , il s’agit maintenant d’endurcir le corpus juris et de le remplir de l’esprit propre à l’Etat national-socialiste, but auquel, en accord avec l’intérêt professionnel, le symbole apposé devant la barraque est adéquat!: une potence où est pendu un code juridique, ce qui, à en croire les illustrations, a fait se tordre de rire les jeunes étudiants en droit. Enfin, dans la mesure où des étudiants en philosophie, et hélas aussi en théologie, sont occupés à barbouiller des croix gammées sur des devantures de magasins juifs, toutes les facultés seraient déjà orientées vers la nouvelle
destination. »

« Lorsqu’une certaine madame Jankowski s’est effondrée suite aux traitements infligés par deshommes de la SA – ce qui n’a rien d’étonnant quand une douzaine d’hommes armés sont en face d’une femme seule-, le Times se fend d’un article. Mais lorsqu’un membre de l’office de la presse du Reich, le Reichspresseamt, explique : « Cette madame Jankowski a eu ce qu’elle méritait. Vous pouvez sans problème faire état de cette déclaration!», ce même Times ne prend pas note. »

José Lillo
Diplômé de l’école de théâtre Serge Martin, il met en scène et joue, en 1999, Woyzeck de Georg Büchner et, en 2001, Penthésilée de Heinrich von Kleist. Il joue dans Les Nuisances d’Orphée, de Mattéo Zimmermann, Outrage au Public de Peter Handke, Don Juan ou l’Amour de la Géométrie de Max Frisch, mis en scène par Lorenzo Malaguerra.
Il met en voix, pour la Villa Bernasconi, François Vassali, Réjane Desvignes et Mathias Brambila et rejoint en 2004 le collectif Qui Va là avec lequel il crée Vaisseaux Brûlés qui est joué en 2005 au Théâtre de la Bastille, à Paris.
Il signe en amont la dramaturgie d’Oedipe Roi de Sophocle pour le Théâtre de Saint-Gervais. Il met en scène en 2006 Les Nuits Blanches, de Fedor Mikhailovitch Dostoïevski au Duplex.

En 2007 il adapte, met en scène et joue Troisième Nuit de Walpurgis de Karl Kraus au Théâtre de Saint-Gervais. Le spectacle bénéficie de prolongations lors de sa création et est sollicité en 2008 par l’Institut d’Etudes Politiques Internationales de l’Université de Lausanne comme cadre de référence lors du séminaire Langage, Vie et Politique en présence du philosophe Jacques Bouveresse. En 2010, il reprendra ce spectacle au théâtre de Saint-Gervais. Le cinéaste Frédéric Choffat en extrait un essai cinématographique réintitulé Walpurgis.
En 2009, il joue dans Roméo et Juliette de Shakespeare, mis en scène par Lorenzo Malaguerra et recrée à la demande de Jean Liermier pour le Théâtre de Carouge Les Nuits Blanches, qui est joué six semaines à guichet fermé.

Une co-production le théâtre de Saint-Gervais, attila entertainment, my beautiful 17 théâtre