du 27 au 31 janvier 2009 à 19h00 ou 20h30

Atelier de création de l’Université de Provence

La surprise de l’amour de Marivaux

Mise en scène : Renaud Marie Leblanc


Du mardi 27 janvier au samedi 31 Janvier
Mardi, vendredi et samedi à 20h30
Mercredi et jeudi 19h

Après avoir été trahi par une femme, Lélio maudit les femmes et s’est retiré, avec Arlequin, son valet, dont l’histoire ressemble à la sienne, dans une sorte d’ermitage. Mais, dans leur solitude, les femmes manquent aux deux hommes, surtout Lélio, qui aime tout des femmes, jusqu’à leurs défauts, surtout leurs défauts, leur légèreté d’esprit, leur étourderie. Dans le château où ils se sont retirés, Jacqueline, la cuisinière de Lélio, est éprise de Pierre, le serviteur d’une jeune veuve du voisinage qui professe à l’endroit des hommes les mêmes sentiments que Lélio à l’endroit des femmes. Or, Pierre et Jacqueline, pour se marier, ont besoin du consentement et même d’une petite subvention de leurs maîtres. Bien obligés de se voir à cette occasion, Lélio et la comtesse se sont juré d’avance qu’ils ne s’aimeront pas. Un baron de leurs amis leur raconte alors l’histoire de Popilius avant de les enfermer dans un cercle en leur disant qu’ils n’en sortiront pas avant d’être amoureux l’un de l’autre. Lélio et la comtesse éclatent de rire, mais la semence est jetée dans leur cerveau : ils se rencontreront en cherchant à s’éviter, s’écriront des billets sous prétexte qu’il est inutile de se voir et qu’ils s’entendront mieux par écrit, mais faute de se comprendre, ils devront bien se voir pour s’expliquer.

Le Point de départ
Lorsque l’université m’a demandé de réfléchir à une production à partir d’un texte « classique », j’ai tout de suite pensé à Marivaux. J’ai dirigé un atelier avec des acteurs en novembre 2006 au TNM La Criée sur trois pièces de cet auteur. C’était un retour, après dix années, vers un texte de « répertoire ». Je venais de travailler sur Lars Norén, et curieusement, le vertige de son dialogue qui avance par paliers successifs et dérapages abrupts, me rappelait cet autre auteur, du XVIIIème siècle, dont la ramification textuelle m’avait donné bien du mal lorsque j’étais encore un jeune comédien.
Je me suis mis à aimer Marivaux comme on peut aimer un pionnier : je redécouvrais dans son œuvre les prémices d’un théâtre expérimental, où l’humain est au centre de l’expérience. Redécouvrir cette langue, cette volonté de tout vouloir bien dire, cet effort acharné de la formulation, m’avait alors rendu très joyeux.
Écrite à 38 ans – à peu de choses prêts mon âge actuel -, La Surprise de l’Amour a presque l’air d’une oeuvre adolescente au regard du reste de la production de son auteur ; c’est la cinquième pièce de Marivaux. Destinée aux comédiens italiens, on peut y déceler des personnages inspirés de la Comedia, mais ce qui est le plus intéressant, c’est la description toute clinique de la naissance de l’amour. Il y eut beaucoup de commentateurs sur le caractère de cette surprise : est-ce l’amour qui est surpris, ou l’amour qui surprend ? Je crois que peu d’auteurs de théâtres ont su développer toute une dramaturgie sensible et non psychologique autour de ce thème.
Et comme j’ai le sentiment que nous sommes tous égaux devant la « chose », j’ai très envie d’expérimenter la naissance du sentiment au moyen de l’outil insensé qu’est cette langue française d’un siècle aujourd’hui presque oublié.
Renaud marie Leblanc